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Gérard

Les jours heureux

La chasse aux perdreaux et on tombe sur les fellaghas

(Gérard Rodriguez)

C’ÉTAIT UN JEUDI JE ME RAPPELLE TRES BIEN AU MOIS D'AOUT en 1960. Et avec mon père on avait décidé de partir à la chasse aux perdreaux à Sidi Djemil. Mon oncle marcelin, le frère de ma mère et deux autres amis à mon père dont je ne me rappelle plus les noms étaient venus avec nous. Nous étions donc 5, mon oncle et les deux autres chasseurs partaient avec la 4L, et mon père et moi avec le side car. Il était environ 6 heures du matin, l’air frais avant la grande chaleur était si bon, on passe donc par Duzerville. Mondovi et après 2 heures nous voilà à la SAS de Sidi Djemil. Le temps de nous enregistrer avec les militaires afin que en entendant les coups de fusils ils ne pensent pas que c’était les fellouss. (Si on avait su ce qui nous attendait) et on descends, car la SAS était sur une colline, en pleine montagne comme je l’ai déjà dis, ah mes enfants que c’était beau.

Mars 2010, SAS de Sididjemil l'ancienne salle où on mangeait nous les chasseurs.
A l'intérieur de la SAS de Sididjemil, mars 2010.

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Le soleil commençait à se lever haut dans le ciel, un ciel bleu comme on en à chez nous en algérie, ça sentait bon, un mélange de fleurs sauvages, et d’herbes odorantes. Des terres sauvages à perte de vue. Mon père avait son calibre 12 et moi je portais la gibecière, une espèce de grande courroie de cuir large de 10 cm avec des nœuds de cuir dans lesquels on passait la tête des perdreaux et nous voilà tous les 5 qui nous éloignons de la SAS. On fait environ 3 km et là on tombe sur une compagnie de perdreaux. Ah mes amis avez-vous déjà entendu ça se lever, ça fait un bruit de branches d’arbres qu’on agite fortement cela mêlé aux cris des oiseaux. Comme ils sont beaux avec leurs plumes grises, et rouges. Le bec rouge. Et pan!!Pan!! Ça tire dans la compagnie et me voilà avec 3 perdreaux attachés sur mon collier autour des épaules.

Là, on décide, vu que la compagnie de perdreaux s’était dispersée, d’en faire de même. Et donc mon oncle et les deux autres partent de leur côté, et mon père et moi de notre côté, au bout d’une heure, aie aie, il commençait à faire une putain de chaleur, on entends pas mal de coups de fusils. Mon père me dit et je m’en rappelle comme si c’était aujourd’hui! "Diocane ton oncle ils sont tombés sur les perdreaux et nous on fait les couillons ici. Viens on va vers eux". Et soudain une détonation très forte, mon père me dit. "diocane" (eh oui je sais ça revenait souvent dans la conversation) "y en a un qui a dû éclater son fusil". (Et non c’était le première grenade) et nous voilà à partir en courant vers mon oncle, et les deux autres chasseurs, pour cela on devait monter un petit monticule, il y avait des petites broussailles, et de l’herbe brûlée par le soleil d’août. Arrivé en haut. On voit plus mon oncle et les deux chasseurs, mais à environ 500 mètres, 5 hommes habillés en kaki qui viennent vers nous en courant. Mon père oui je le revois encore. Tout est gravée dans ma mémoire à jamais, (une chance jeannot mon père connaissait la montagne comme sa poche) y regarde bien car le soleil était aveuglant..il prends le temps de bien regarder et il me dis, "ouille mon mon fils C’'est les fellaghas!!!".

Les fellouss avaient commencé à tirer sur mon oncle, mais en voyant mon père et moi ils ont dû se dire, là, y a un enfant (j'avais 11 ans) ceux là on va les avoir. Alors là ce fut le sauve qui peut. On se met à courir dans le sens contraire et là mes amis les balles ça sifflaient de tout les côtés, je me rappelle mon père y me disait, "ai pas peur mon fils, tu sais quand les balles font zipppppp ça veut dire qu’elles passent loin". "Si ça fait tac, là c’est que ça passe près". Et des tacs j’en ai entendu. Et on court et on court, mon père me tenait la main, et les fellouss y nous lâchaient pas, en avant à coup de mitraillette ra ta ta ta ta ça faisait je dis à mon père, "papa les perdreaux c'est lourd" il me dit "jettes les perdreaux, mais garde les cartouches". Et on court et on court. Et les balles sifflent, des fois les fellouss nous criaient rendez vous et des fois. À mort. À mort. Je me rappelle mon père avait sorti une photo d’un curé italien padre piu (la photo on l'a toujours) qui avait les même stygmates que le christ, dont les mains saignaient enfin bref moi comme vous le savez je suis un non croyant mais bref papa avait la photo dans ses mains et tous en courant, il disait seigneur faite qu’on s’en sorte et je retourne plus à la chasse (tu parle!! dès le dimanche suivant il était reparti) à un moment donné, on avait soif car on avait perdu nos gourdes, on arrive dans un espèce de marécage et on à bu l’eau enfin je devrais dire de la boue, (quand je pense que maintenant les enfants ça leur prends de l’eau en bouteille). On était dans un état lamentable, les ronces nous arrachaient les vêtements. On était égratigné de partout, mais comme l’adrénaline ça y allait, on sentait rien. Par deux fois, dont une fois en plein dans un tas de poussière de charbon (vous vous rappelez les arabes faisaient du charbon de bois). Donc par deux fois une grenade nous explose juste à côté de nous, demandez moi pas pourquoi on est vivant. Ce que je vous dis c’est ce qui fut. Et la grenade qui explosa dans le charbon de bois nous fît tout noir, on en avait dans la bouche partout. Mais laisse qu’on court. On court. Et dommage pour les fellousses mais en ce temps là je courais comme un lapin, eh!! Toutes semaines à la chasse avec mon père j’avais l’entrainement et on était arrivé à leur mettre une bonne distance, en tout cas, on entendait plus leurs cris. Juste les balles qui sifflaient.

À un moment mon papa y me dit "mon fils tu vois la SAS elle est dans cette direction, alors va toujours tout droit, et tu y arrivera, et moi donne moi les cartouches que tu as, papa y va les retenir", avec le temps je me suis aperçu que mon papa y voulait tout simplement me sauver la vie. Merci papa je t’aime!! Mais moi en entendant cela je me mets à pleurer "non non je sais pas ou c'est, et puis je veux pas te laisser je vais me perdre. Je connais pas la montagne". Il faut dire qu’on était encore bien loin de la SAS. Alors mon papa y me dit "ok mon fils on court ensemble et tu verras on va leur mettre bien bien" (je cite), et on se remet à courir toujours sous les balles qui sifflent cela a duré environ, 3 heures. On était dans un état lamentable. Tout déchiré, sales, en sueur, je crois même que des fois on courait plus, on marchait vite on était crevé, c’est drôle mais avec le recul je me dis, whahhh!!!! J’ai vécu quelque choses de grand et puis à 11 ans la conception de la mort est pas pareille, finalement je me rappelle on devait approcher de la SAS, car on entendait plus de coups de feu. Et soudain on voit environ 25 militaires de la SAS qui viennent vers nous. Ce qui s’était passé, c’est que mon oncle et les deux autres chasseurs y étaient arrivé à la SAS et avaient prévenus le commandant que nous étions attaqués par les fellouss et que surement on devait être mort. Mon papa y parle avec les militaires, de cela je me rappelle plus de la conversation, les militaires continuent vers où étaient les fellouss, et nous 30 mn après on rentrait à la SAS. Mon oncle était sur que on était mort. Il devait être 14 heures. Pas besoin de vous dire, on a embarqué fissa, dans la voiture et le side car, et on est rentré à Bône à la cité montplaisant.

Durant le trajet mon papa y me dit "surtout tu dis rien à ta mère". Sauf que quand ma mère elle à vu comment j’étais, tout les vêtements déchirés, et plein d’éraflures qui saignaient. Elle ma fait cracher le morceau. Aie aie aie le scandale, qu’elle lui fait. "Va te tuer toi!! Mais pas les enfants, laisse moi les enfants à la maison. Si toi tu es fou de la chasse emmène pas ton fils" bref bref un scandale dans la maison je me rappelle que même rentré en France j’avais encore le tricot vert que je portais cette journée là mais avec le temps j’ai dû le perdre, dommage je le gardais en souvenirs. Mais bon comme il fallait survire il devait y avoir d’autres priorités.

Une petite anecdote, à la suite de cette aventure. je ne fus plus capable de dormir seul je faisais des cauchemars et je me mettais à hurler dans la nuit et de plus mes tics nerveux se sont accentués, je dormais donc dans le lit avec mes parents, entre eux deux je me sentais en sécurité, alors pour remédier à cela, on fit venir une de mes tantes qui avait des dons pour guérir les peurs Mme Cane (elle est morte en france à l'âge de 106 ans). Je me rappelle et je revois très bien mon oncle l’amener à la maison. C’était le soir, on a été dans ma chambre, je me suis assis sur une chaise le tors nu, et elle aussi sur une chaise dans le noir et tout en faisant de petites croix sur mon dos, elle marmonnait des mots incompréhensibles en italien, je me rappelle que je m’efforçais de ne pas rire car ça me chatouillait. En tout cas croyez le ou non, le soir suivant je dormais à nouveau dans mon lit.

Je vous écris tout cela et je me dis encore "qu’est ce qu’on était heureux alors". Pour la petite histoire, oui je suis resté quelques semaines sans retourner à la chasse, mais ensuite tout à repris comme avant, oui j’attendais le dimanche avec impatience pour aller à la chasse soit à Sidi Djemil, soit au lac Fedzarra soit au 29, avec mon papa Jeannot le roi des chasseurs. Mon papa comme il était grand!!!.une fois au lac Fedzarra on voyait les canards et les oies par milliers se lever dans un bruit de tonnerre et mon papa y m'avait dis, "regardes bien mon fils car bientôt tous cela disparaitra à cause des hommes" pour vrai, c’était un visionnaire. Ah papa comme tu avais raison. Oui on était fou de la chasse, il faut dire que notre pays il était beau. Et voyez maintenant à 59 ans, je vais ici, dans la belle province de quebec, au canada, où je vis, à la chasse, et à chaque première journée que je débute, et que je rentre dans le bois je prends le temps de me recueillir et je dis "aujourd’hui papa c'est en ton honneur que je chasse. Tu te rappelles mon papa, comme quand on était chez nous en algérie" Oui c’était le temps des jours heureux.

J’espère que maintenant,car il est mort mon papa le 15 nov 2007 à 94 ans oui j’espère papa que tu es en Algérie et que toutes tes journées tu les passes à la chasse à Sidi Djemil, comme quand c’était le temps des jours heureux. Je sais mon papa comme tu as dû avoir mal quand à l’indépendance, forcé de partir à l'étranger, car la France pour nous, c’était à l’étranger, tu as dû couper ton fusil en morceaux, ton calibre 12 qui avait tué tant et tant de sangliers. Et toutes sortes d’oiseaux et de le jeter à la mer près de la plage de St cloud. Comme tu as dû pleurer...

A suivre
Gérard

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